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Comment la politique d’innovation israélienne peut servir de modèle à la Suisse
 
Le 05-09-2017
de MicroTech Industry® - News des expositions

Une importante délégation suisse se rend cette semaine à Tel Aviv. L’Agefi se penche d’ici vendredi sur les recettes du succès israélien.

Un petit pays de la taille de la Suisse est devenu la terre promise des start-up. Un poumon de l’économie numérique. En un quart de siècle, Israël a bâti une puissance de la tech mondiale. Dans les années 80, le pays vivait d’exportation d’oranges. Aujourd’hui, Israël revendique 100 sociétés cotées au Nasdaq (le record d’entreprises étrangères), produit près de 1500 start-up par année, et investit la plus grande part de capital-risque au monde en pourcentage du PIB (0,38%, contre 0,04% pour la Suisse). Avec des résultats spectaculaires: les start-up israéliennes ont levé 4,8 milliards de dollars de capital-risque en 2016 (cinq fois plus qu’en Suisse). Et au printemps dernier, Intel a racheté l’israélien MobileEye pour 15 milliards de dollars. En résumé, Tel Aviv est aujourd’hui une capitale économique, et une référence mondiale, notamment dans la cyber-sécurité, la fintech et la mobilité. Une succes story.

Israël est un petit pays, comme la Suisse. Mais il est au centre du monde numérique. Sans marché intérieur, comme nous. Pire que nous: il n’a aucun marché extérieur non plus, sans relations commerciales avec ses voisins. Et pourtant, il s’impose au niveau mondial. Pourquoi eux, et pas nous? Pourquoi la Suisse n’arrive-t-elle pas à s’imposer dans la nouvelle économie numérique au même rythme? Pourrions-nous y parvenir, dans nos domaines d’excellence, comme la biotech et les sciences de la vie?

Une importante délégation helvétique se rend cette semaine au DLD festival à Tel Aviv (lire ci-dessous). La semaine dernière, la BCV a invité des médias romands en Israël pour mieux comprendre les secrets de cette success story. L’Agefi vous propose, jusqu’à vendredi, un voyage dans les coulisses de la high tech israélienne. Avec cette question: comment s’en inspirer en Suisse? Et doit-on s’en inspirer? Certains diront que c’est impossible, et que la situation n’est pas comparable. Que le succès d’Israël est dans l’ADN de son peuple, comme nous l’affirma dimanche dernier à Tel Aviv l’entrepreneur milliardaire Dov Moran. Une manière de dire, avec une pointe de provocation, que le modèle israélien est unique. Impossible à reproduire. A voir. Israël, petit pays sans matières premières comme nous, a pris de mesures toutes simples, et très efficaces, dont la Suisse pourrait s’inspirer. En voici quelques exemples.

Priorité: commencer par attirer du capital-risque

Les israéliens ont compris depuis longtemps que toute innovation repose sur du capital-risque. Certes, il faut des cerveaux, sans lesquels rien n’est possible. Un solide système de formation, une exigence d’excellence, et des Hautes Ecoles de niveau mondial. A ce niveau, la Suisse n’a rien à envier à Israël. Mais à Tel Aviv ou Haïfa, sur le site scientifique de Technion, tout le monde admet que la start-up nation israélienne est née en 1992, quand l’Etat a décidé de doper le capital-risque en lançant le fond Yozma. Un engagement fort de l’Etat, fort et libéral, pour attirer les investisseurs: des conditions fiscales ultra attractives, un franc de l’Etat engagé pour un franc privé, des possibilités offertes de racheter la part de l’Etat, une garantie de couverture des pertes, sans oublier une exigence de gestion ultra professionnelle. En résumé, l’Etat dit aux investisseurs: «On double vos investissements, vous ne risquez pas de pertes et vous pourrez doubler le bénéfice». A mille lieue des timides opérations en Suisse: «Nous n’avions pas le choix!» s’emporte Shlomo Maital, professeur honoraire à Technion. «Vous avez beaucoup d’argent en Suisse! Nous pas. Il fallait réagir.». Et pour lui, comme pour tous les autres israéliens, Yozma a relancé l’économie israélienne. 25 ans plus tard, la start-up nation est née. Et surtout l’Etat n’a rien perdu. Cela n’a rien coûté au contribuable. Au contraire. Au compteur: les start-up israéliennes ont créé de la richesse, et levé 2 milliards de capital-risque en 2013, 3 milliards en 2014, 4 milliards en 2015 et 5 milliards en 2016 (sans oublier 50 milliards d’exit entre 2012 et 2017). Avec très peu de fonds locaux: 85% du capital-risque vient de l’étranger. Avant tout des Etats-Unis, et de l’importante et puissante diaspora. Yozma, et d’autres mesures semblables, ont ainsi permis de rapatrier des fonds des quatre coins du monde.

Shlomo Mittal a raison: nous avons beaucoup d’argent, en Suisse. Mais à ce jour, nous préférons laisser dormir 800 milliards dans l’épargne, et tenter d’encourager timidement de braves investisseurs à se lancer dans une «aventure risquée». Mais cela ne suffira jamais. Nous devons, comme Israël, mettre en place des mesures offensives, une stratégie réfléchie et coordonnée, des incitatifs pour vaincre l’hésitation, encourager le risque, et veiller à un suivi attentif des investissements. Dans le cadre d’une politique

d’innovation active, et volontariste. Sans que l’Etat ne mette, au final, un franc dans l’opération. – (Fathi Derder)

L’arme secrète du succès israélien: l’armée

Au cœur de la science israélienne, on admet que rien ne serait possible sans l’armée. Cela peut surprendre, mais c’est une évidence pour tous les chercheurs. Un discours qu’on risque peu d’entendre à Zurich ou Lausanne. L’armée est pourtant au cœur de l’écosystème israélien. Ou, pour être précis, les unités d’élite de l’armée, comme la fameuse Unité 8200, la plus grande.

Tout israélien rêve d’en intégrer une. Non pas pour faire une carrière militaire, mais pour y créer une start-up. «C’est fondamental, explique Benjamin Soffer, CEO du Technion Technology Transfer. Vous travaillez en petites équipes, sur des durées déterminées, avec des budgets limités, pour résoudre des problèmes précis: vous créez les bases de l’entrepreneuriat». Le système est exigeant: n’accèdent aux unités d’élites que le meilleurs élèves, sélectionnés au fil des ans sur la base de leur scolarité mais aussi de tests de QI pendant leur enfance. Mais une fois que vous y êtes, l’armée met tout à votre disposition: des moyens, du temps, de l’argent. Et elle ne demande rien en retour. Pas un franc! «Vous développez votre technologie, et vous la gardez. L’armée ne prend rien», confirme Benjamin Soffer. On y crée de la technologie, de la valeur ajoutée, un esprit de combat pour la nation, et donc des liens, des réseaux, ses premiers collègues. «J’ai rencontré mon partenaire à l’armée», raconte le patron du principal fonds d’investissement israélien dans la tech, Viola Group, Avi Zeevi. Comme tout le monde: Israël ne serait pas Israël sans ses unités d’élite. Tout le monde les vante sans fin. En un mot: c’est ici que se bâtit le start-up nation. Mais quand on demande à mieux les connaître, des chiffres, des détails, silence radio. Secret défense. On a oublié un point: Israël est un pays en guerre.

«Il faut bien comprendre l’ADN de ce pays: ici, les héros sont des généraux!», rappelle Shlomo Maital. C’est peut-être l’élément le plus important: Israël est un pays en guerre. Au sens large. C’est un pays où rien n’est acquis, tout est menacé, et chaque geste un combat de groupe, d’une équipe, et d’un pays. Un pays entier en mode start-up, et qui scande la marque Israël, comme s’il en était l’unique actionnaire. Nous avons rencontré une vingtaine d’acteurs, entrepreneurs, investisseurs, scientifiques, diplomates. Et tous, quel que soit leur domaine, ont commencé leur présentation par quinze minutes à la gloire de la «success story israélienne». Les termes reviennent, d’une bouche l’autre, identiques. – (Fathi Derder)

Le plus grand événement high-tech de la région

La septième édition du DLD Tel-Aviv innovation festival a ouvert ses portes hier et prendra fin ce jeudi. Surnommé le festival des start-up, l’événement est le plus grand de la sorte au Moyen-Orient. Il s’inscrit dans le réseau mondial de conférences DLD (Digital Life Design); des conférences organisées par la société – basée à Munich – DLD Media. Plus de 10.000 personnes sont attendues cette année.

La DLD Tel Aviv Digital Conference, le moment le plus important de la manifestation, aura lieu mercredi et jeudi dans l’ancienne gare historique de Hatachana. Christopher Fabian (directeur de l’innovation d’UNICEF), Werner Vogels (CTO d’Amazon) ou encore Gillian Tans (CEO de Booking.com), ainsi que de nombreux politiciens feront partie des intervenants.

Le festival s’étend à travers toute la ville (avec plus de 100 événements – culturels et sociaux – et conférences associés). Des courses de drones auront, par exemple, lieu mercredi, durant un événement spécial. Le même soir, plus de 20 meetups sont prévus; avec des discussions et échanges sur des sujets tels que l’entrepreneuriat social, la recherche scientifique sur le cerveau, les questions liées au big data ou encore les jeux vidéo. Autre moment important (Pick a Start Up), la compétition de start-up sponsorisée par Google - avec différents prix à gagner pour les entreprises qui convaincront le jury du DLD lors de leurs pitchs jeudi soir.

La Suisse présente

C’est l’occasion pour des délégations étrangères (plus de 80 délégations sont attendues) de se familiariser et d’établir des contacts avec l’industrie israélienne de haute technologie, ainsi qu’avec de grandes entreprises comme Google, Facebook, Amazon ou encore eBay. Pour la 4e année consécutive, la Fondation Nomads – qui soutient l’entrepreneuriat et l’innovation à Genève – emmène une délégation suisse à Tel-Aviv. L’objectif? Comprendre l’écosystème des start-up de la ville et faire rayonner la Suisse au sein de ce festival. Patrick Barbey (le président d’Innovaud), Philippe Amon (CEO de Sicpa) ou encore Henry Markram (CEO du Bluebrain Project, à l’EPFL) font partie du voyage. Parmi les start-up et entreprises se trouvent, entre autres, Astrocast, Geosatis, Embotech ainsi que Ligentech.

En marge du festival, les membres de la délégation auront également l’opportunité de participer à différentes rencontres, par l’intermédiaire de la Fondation, pour comprendre et s’inspirer des méthodes utilisées pour le financement des start-up ou le transfert des technologies. – (Leila Ueberschlag)

Start-up et multinationales au service d’Israël

On oublie souvent un élément clé, quand on parle de la start-up nation: Israël n’avait pas le choix. Elle a développé une culture entrepreneuriale pour survivre. Outre le fait que le pays est en guerre, et sans matières premières, il n’a ni multinationales, ni PME. Nous ne sommes pas en Suisse. Ici, pas de Novartis, Roche ou Nestlé. Ni de tissu PME comparable au nôtre. Depuis les années 80, quand les oranges Jaffa subissaient de plein fouet la concurrence espagnole, une génération d’israéliens a pris conscience qu’elle n’avait pas le choix: elle devait créer les futurs emplois du pays. Et elle l’a fait avec l’armée, faute de choix: «L’armée a été développée en alternative à Siemens», sourit Benjamin Soffer. Il fallait inventer la culture entrepreneuriale. «Ici, créer une start-up n’est pas une prise de risque: c’est la seule solution». Il éclate de rire: «Ne pas être un entrepreneur, en Israël, c’est ça la prise de risque!». En résumé: Israël a ainsi bâti une génération d’entrepreneurs, avec un système de formation extrêmement exigeant, une sélection des meilleurs élèves, recrutés dans les unités d’élite de l’armée, et soutenus par du capital-risque venu du monde entier. «Toutes les mamans israéliennes se sont mises à rêver que leur enfant créée une start-up», sourit Avi Zeevi. Une «start-up nation» était née.

Intel en pionnier

Sur cette base, Israël a attiré des centres de recherche de multinationales, en commençant par Intel, le plus important employeur aujourd’hui avec 10.000 chercheurs. Tous les grands ont suivi: Microsoft, Google, Apple et les autres. En général un millier d’employés, dont 90% d’ingénieurs. En général des juifs ou israéliens qui veulent revenir au pays, à l’image du premier ingénieur d’Intel, quand Israël n’était encore qu’aux premiers balbutiements de son écosystème. «Il voulait revenir en Israël, Intel lui a dit ok, créée ton bureau là bas! Alors qu’il n’y avait rien, ici…», raconte le patron de la R&D de Microsoft, Yoram Yaacovi, à Herzeliya, dans la banlieue de Tel Aviv. Ici, Microsoft réunit 1’000 chercheurs spécialisés notamment dans la cyber-sécurité. Comme Apple, IBM ou Cisco. HP en réunit 2’000. Et ainsi de suite. Les patrons se connaissent tous très bien, et se réunissent régulièrement: «Nous nous retrouvons une fois par mois, pour voir ce que nous pouvons faire pour l’écosystème, ou mettre la pression sur l’Etat, par exemple pour qu’il enseigne le codage informatique dès l’école primaire», confie Yoram Yaacovi. Un syndicat des patrons de Google & co à Tel Aviv. D’où viennent-ils? «Ils sont tous Israéliens», répond Yoram Yaacovi, surpris par la question. 270 multinationales ont crée 320 centres de recherche. Toutes les entreprises high tech du monde sont réunies ici, d’où qu’elles viennent, et travaillent ensemble pour la même entreprise: Israël.

Fathi Derder
AGEFI

 



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