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L’artisan ébéniste qui a façonné le siège du cardinal Henri Schwery
 
Le 06-11-2019

L’Ébénisterie Loutan, à Corsier-sur-Vevey, travaille en artisan avec les nouvelles technologies.

De Genève à Crans-Montana ou Gstaad, en passant par Nyon, Bienne ou Sion, les pérégrinations de Jacques Loutan, maître ébéniste, l’ont conduit à côtoyer de riches et hétéroclites personnalités. Il a même été appelé naguère à réaliser le nouveau siège du cardinal Henri Schwery en l’église Saint-Léonard, à Sion. Aujour­d’hui pourtant, ce n’est plus tant dans ce type de mobilier ni même dans la restauration que l’entreprise de Corsier-sur-Vevey reste florissante, mais dans l’agencement sur mesure chez des particuliers et la sous-traitance de pièces en bois pour de grandes marques horlogères.

La qualité comme leitmotiv

Le siège du cardinal – créé en 1993 à l’idée du sculpteur de Corseaux Roger Gerster –, de forme arrondie et design en lamellé-collé, lui a apporté une certaine notoriété pour son savoir-faire artisanal. Il en conserve une légitime fierté. Le patron de l’Ébénisterie Loutan SA se réjouit tout autant de ses relations privilégiées avec des personnes aisées vivant dans l’ouest de la Suisse – souvent françaises ou britanniques – qui font régulièrement appel à lui pour des travaux de décoration d’intérieur en bois.

C’est ainsi qu’il a construit il y a une douzaine d’années une montre géante servant de table, sur la base d’un modèle Hublot agrandi 20 fois, qui trône encore au siège de la manufacture nyonnaise. Réalisée avec du bois de poirier, et différents artifices pour imiter les matériaux originaux, la montre-table fonctionne (presque) comme la vraie.

Ce n’est toutefois pas cette ébénisterie d’art qui occupe la majorité du temps les trois employés et l’apprenti qui entourent Jacques Loutan. Dans l’atelier de 450 m2 de Corsier-sur-Vevey, non loin du Musée Chaplin, on découvre des machines de tous types pour exécuter les diverses étapes de fabrication des agencements et meubles sur mesure. Cette activité représente environ 60% du chiffre d’affaires. «Pour ma clientèle de particuliers, ce n’est pas toujours le prix qui est mis en priorité, mais la qualité, la précision de notre travail et le respect des délais», remarque le propriétaire de l’entreprise, encore empreint par les émotions vécues comme figurant de la Fête des Vignerons.

L’autre activité phare de l’entreprise est la production de décorations en bois de vitrines et de présentoirs destinés à des montres de luxe. «Dans les années 1990, alors que tout le monde tirait la langue, j’ai fait mes meilleures années grâce à l’horlogerie.» Au point qu’une seule marque de ce secteur représentait à un certain moment près de 45% de son chiffre d’affaires, dit-il aujourd’hui, non sans mesurer le risque que cela pouvait signifier. Mais d’autres horlogers de renom ont fait appel à son savoir-faire.

Ces dernières années, l’ébénisterie a développé toute une technique de fabrication pour un présentoir de montre en bois et matériau dérivé du bois, sous forme de bloc plaqué en palissandre brun, qui fait appel autant à la robotique d’une machine CNC sophistiquée qu’au travail manuel artisanal pour la finition. La première commande se montait à 9000 pièces et, à ce jour, l’ébénisterie en a produit pas loin de 100'000 unités!

Une telle série ne peut être réalisée en Suisse que grâce à l’automatisation d’une partie de la fabrication. Ce qui nécessite de dessiner les pièces avec l’assistance de l’ordinateur puis de développer un programme de production industriel pour la machine comportant une multitude d’opérations complexes. Par exemple pour une simple rainure esthétique. Ce support destiné à des montres de grande valeur ou des bijoux-boutons de manchettes, avec un plaquage de six dixièmes de millimètre, est poncé une première fois avant de recevoir quatre couches de vernis, puis poncé une nouvelle fois à la main avant l’application de la couche finale de vernis.

Quelques frustrations

La restauration de meubles anciens ne représente désormais plus que 5 à 10% des activités de l’entreprise, indique Jacques Loutan. Il n’y a plus guère que les personnes attachées à leur vieille armoire pour une valeur sentimentale qui s’adressent à l’ébéniste, regrette-t-il.

Lorsqu’il a commencé son activité professionnelle, il réparait aussi passablement de pianos confiés par des facteurs. Aujour­d’hui, «presque» plus aucun n’est réparé dans la région. Il est l’un des derniers le faire. La plupart des pianos à retaper sont amenés dans les pays de l’Est, se désole celui qui a restauré il y a une quinzaine d’années un demi-queue ayant appartenu à l’abbé Bovet, le compositeur du «Vieux Chalet».

Rester petit

Le maître ébéniste a fait son apprentissage au début des années 1980. En 1987, à l’âge de 23 ans, il a repris l’ébénisterie de son oncle André Loutan, fondée onze ans plus tôt et encore établie à Montreux. L’entreprise, installée à Vevey pendant douze ans, a déménagé en 2006 à Corsier.

Jacques Loutan ne rêve pas de grandeur, conscient qu’une telle ambition irait à l’encontre de sa vision artisanale du métier. «Je veux rester artisan. On arrive à le rester grâce à la technologie de maintenant. Notre savoir-faire est précieux. En restant petit, je ne crains pas de manquer de travail.» Lui qui songe désormais à sa succession a encore de nombreux projets haut de gamme à réaliser.

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