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Microboum fignole le détail infime dans les montres haut de gamme
 
Le 29-05-2019

L’entreprise du Brassus est passée maître dans les techniques de découpage et d’étampage. Un savoir qu’on ne programme pas.

L’entreprise Microboum, au Brassus, fournit de toutes petites pièces de haute précision pour la moitié sans doute des montres de luxe suisses, s’amuse à relever son patron, Marc Baumgartner, pour faire comprendre l’importance de son activité dans le secteur horloger. Encombré par des machines-outils de tous âges et des fournitures métalliques de tous types, son atelier ne paie pourtant pas de mine. Mais sa spécialisation dans les techniques de découpage et d’étampage, ainsi que la mise au point de ces outillages complexes, lui donne la stature d’un soliste dans un orchestre symphonique: son talent donne toute sa dimension à l’œuvre micromécanique aboutie.

De père en fils

Il n’y a que trois entreprises dans le canton de Vaud qui font des étampes, dit-il, dont Étampes Kaufmann SA, à Corseaux (notre édition du 8 avril dernier), avec qui il collabore parfois. Microboum est, elle, «spécialisée dans le tout petit pour l’horlogerie, de qualité supérieure au niveau des flancs de pièces», explique son directeur. Son père, Jean-Claude Baumgartner, toujours président, avait fondé la société en 1998 suite à une restructuration chez Meylan Frères, où il concevait ce type d’outils. Marc l’a rejoint six ans plus tard après des études à l’école d’ingénieurs à Yverdon puis un passage de quatre ans chez Jaeger-LeCoultre. Lui ne fabrique pas que les outils, mais également les pièces d’horlogerie, telles que des roues aux angles particulièrement soignés, des microressorts, des bascules de chronomètres ou des tirettes de réglage de l’heure.

L’ancien compétiteur d’élite de ski de fond a profité de la filière sport-études pour faire son apprentissage de micromécanicien faiseur d’étampes. À 51 ans, l’entrepreneur, engagé dans l’organisation des épreuves des prochains Jeux olympiques de la jeunesse, a gardé de son passé de sportif d’élite le sens du réglage des détails les plus infimes et la capacité à trouver des solutions pratiques à chaque obstacle. Dans sa profession de l’étampage, il faut cette même persévérance face à l’adversité des métaux: «C’est un métier exigeant qui n’est pas toujours gratifiant. On passe des heures à régler de petits trucs. Ce travail requiert une analyse des phénomènes de la matière qui est assez vaste.»

Dans cette mécanique des outillages et de l’étampe – un poinçon qui pénètre dans une matrice permettant de fabriquer des mini-pièces en série –, il y a forcément un petit jeu qui doit être réduit au minimum. Pour l’horlogerie, ce jeu est de 2 à 5 microns, afin d’obtenir des «flancs plus polis et plus vifs» et d’éviter ce que le micromécanicien appelle des cassures. C’est une question aussi esthétique que fonctionnelle dans la haute précision. Pour atteindre cette prouesse, il faut ajuster l’ensemble dès la conception de l’outil. Le faiseur d’étampes conçoit également des machines permettant de regrouper plusieurs opérations afin de garantir une qualité constante et réduire les coûts de production.

Marc Baumgartner est d’avis que ce savoir-faire manque aujourd’hui dans nombre d’entreprises horlogères. C’est le résultat selon lui de la stratégie des groupes dans ce secteur: ils ont racheté quantité de petites entreprises spécialisées et verticalisé la production à l’interne. Leur compétence particulière – notamment dans le métier de l’étampage, que certains ont cherché à remplacer par d’autres techniques comme l’injection – a été en partie perdue. Et, malheureusement, regrette-t-il, elle n’est aujourd’hui pas encore valorisée à sa juste mesure.

Son entreprise souffre ainsi de la pression sur les prix. Les marques de montres commandent aussi des séries de pièces moins nombreuses car elles cherchent à croître par la valeur des pièces vendues, non le nombre d’unités. Microboum doit tourner aujourd’hui en petit effectif réduit à trois personnes, le patron inclus. Il s’agit aussi pour l’entreprise de réduire les coûts car elle a dû déménager il y a trois ans dans un autre bâtiment acquis à la rue des Forges au Brassus.

«Ces outils sont des F1»

L’entrepreneur reste toutefois serein. Il perçoit des signes d’un changement d’attitude dans cette industrie. Les grandes marques horlogères sont toujours plus exigeantes, elles ont donc besoin d’un outillage toujours plus précis. Le moindre défaut doit être banni. «Il n’y a que nous qui ayons autant de persévérance pour y parvenir. Certains de ces outils sont quand même des F1. Mais une montre reste quelque chose d’extraordinaire qui fonctionne vingt-quatre heures sur vingt-quatre et qui n’a quasi pas besoin d’entretien.» Il a donc bon espoir d’un retour de manivelle au profit de la sous-traitance. Mais aussi, dans sa spécialisation, il mise sur une diversification de sa clientèle, dans d’autres branches d’activité – électronique, automobile ou médical – qui peuvent trouver dans l’étampage les solutions recherchées.

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