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Un indic sous la peau
 
Le 12-04-2018


Des puces implantées dans le corps pourraient prolonger la vie. Meilleur accès pour les investisseurs: les titres pharma

«J’ai 32 ans et j’ai dépensé 200 000 dollars pour diverses trouvailles en matière de biohacking. Cela m’a rendu plus serein, plus mince, plus heureux, en meilleure santé», confiait Serge Faguet en septembre 2017 sur son blog de hacker. L’homme n’est pas le seul à miser sur les opportunités de biohacking.

De plus en plus de gens tentent, par cette méthode do-it-yourself, d’exploiter les avancées scientifiques à l’interface entre la biologie et la technologie. De ce fait, les humains devraient non seulement vivre mieux et plus longuement, mais également maîtriser leurs addictions, éliminer les rides, renforcer leur système immunitaire. En somme upgrader leur vie de manière générale, comme le formulait lors d’un congrès à Stockholm Hannes Sjoblad, un entrepreneur et un des précurseurs de cette mode.

Les biohackers voudraient vivre plus sainement et rester performants plus longtemps. Le développeur de logiciels Aaron Ng, 25 ans, qui a fait ses premiers pas professionnels auprès d’Apple et de la start-up fintech Square, décrivait ainsi les avantages de ses pilules à base d’herbettes à la chaîne TV CNBC: une capacité d’attention au travail notablement améliorée et une meilleure mémoire. En déclarant leurs produits comme des compléments alimentaires, les producteurs contournent la sévère réglementation américaine sur les médicaments.

L’homme vu comme portefeuille de cryptomonnaie

Le biohacking est plus simple avec les puces à implanter sous la peau. L’entreprise Dangerous Things, domiciliée à Seattle, vend par exemple pour 99 dollars une puce spéciale grâce à laquelle il est possible de procéder à des paiements, y compris en cryptomonnaie, genre bitcoin. La puce est moulée dans du verre avant d’être implantée dans le corps (en général la main) à l’aide d’une sorte de grosse seringue. Selon le fabricant, cette puce baptisée xNT Implant est la première puce RFID aux Etats-Unis à être compatible avec la standardisation en cours aux caisses des magasins. La puce, qui ressemble de loin à une capsule d’antibiotique, est livrée avec un mode d’emploi pour les médecins et sa propre appli pour système d’exploitation Android.

L’entreprise de marketing américaine Three Square Market, spécialisée en modèles d’affaires innovants, incite depuis août 2017 ses employés à se faire implanter la puce du producteur suédois Biohax, afin qu’à l’avenir ils puissent procéder à des paiements encore plus simplement dans les magasins. Selon le porte-parole de la société, quand bien même la participation au programme de tests est volontaire, plus de cinquante employés se seraient fait implanter une puce entre le pouce et l’index. En l’occurrence, on renonce expressément au tracking GPS du signal, mais cette procédure serait possible.

En Europe, l’entreprise belge de marketing et de technologie Newfusion a commencé il y a un an à suggérer à ses employés de se faire implanter la puce du fabricant Dangerous Things. En République tchèque, l’organisation qui se dit sans but lucratif Paralelni Polis permet l’utilisation de micropuces intégrées au corps humain, grâce auxquelles il est possible de procéder à des transactions en bitcoins.

Un sujet pour le private equity

Dangerous Things dit avoir déjà livré des dizaines de milliers de puces, y compris en Europe. Selon le futurologue américain Phil Lempert, en 2018 le biohacking sortira de sa niche ésotérico-expérimentale et commencera à former de puissants écosystèmes numériques avec d’autres développements technologiques, par exemple dans les supermarchés. Dans une cinquantaine de villes d’Amérique et d’Europe, des biohackers tels que Becurious, près de San Francisco, Genspace à New York et La Paillasse à Paris ont monté des laboratoires où les intéressés se rencontrent et expérimentent.

Le biohacking n’est pas seulement un «investissement en soi» un brin ésotérique, comme le soutiennent à tout propos pas mal de protagonistes. Du point de vue du placement financier conventionnel, c’est d’abord un objet d’investissement dans une start-up: début 2018, le service spécialisé américain AngelList a enregistré 13 start-up au stade précoce, dont 3 seulement ne sont pas nord-américaines. Les start-up de biohacking nord-américaines ont établi leurs quartiers généraux dans des cités qui se vouent au high-tech, San Francisco, Austin et Toronto.

Selon les analystes de marché de CB Insights, en 2017 les capital-risqueurs ont confié un total de 460 millions de dollars aux 17 plus grandes start-up américaines qui se focalisent sur l’amélioration des performances cérébrales. Parmi les adresses insignes figurent à ce propos Andreessen Horowitz et Khosla Ventures. Actuellement, de telles start-up devraient intéresser avant tout les investisseurs en private equity, elles conservent pour l’instant leurs parts actionnariales et ne se rendent pas accessibles au public par le biais d’IPO. Une des très rares entreprises listées en bourse est l’américaine LifeVantage, codée LFVN.

La pharma est dans le coup depuis longtemps

LifeVantage figure dans deux ETF US Small Cap, Wilshire Micro-Cap et iShares Micro-Cap: pour maîtriser les risques d’investissement, les analystes conseillent d’acheter des véhicules élargis plutôt que des actions individuelles.

Toujours selon les analystes, lorsqu’on est un convaincu du biohacking, il reste donc pour l’instant beaucoup moins problématique d’investir dans des actions biotech, pharma et même agroalimentaires, d’autant que la grande pharma et la recherche alimentaire font en réalité la même chose que les start-up du biohacking qui explorent les compléments alimentaires.

Une pratique qui n'est pas sans danger

Le biohacking recèle des risques spécifiques, pense Hannes Lubich, professeur de sécurité IT à la Haute Ecole de Suisse nord-occidentale. «C’est une technologie «dual use» plus ou moins incontrôlable qui peut donner lieu à des abus. Nous n’avons pas trop de scrupules quand il s’agit d’animaux mais, lorsqu’il s’agit d’humains, un débat éthique et moral s’avère nécessaire: quelles technologies, quelles applications, quelles interprétations ont-elles du sens et lesquelles sont-elles défendables sur le plan médical?»

Risques principaux

• L’action et surtout le fonctionnement à long terme de connexions et d’implants sur l’organisme vieillissant de l’homme, en particulier les connexions dans des organes comme le système nerveux, ne sont à coup sûr pas suffisamment explorés. Des dommages ne sont par conséquent pas à exclure.

• Les puces doivent être atteignables de l’extérieur pour des mises à jour logicielles, le pilotage, l’envoi de résultats de mesure, des alarmes, etc. Elles doivent donc pouvoir communiquer avec le monde extérieur. «L’an dernier, le rappel d’un grand nombre de simulateurs cardiaques d’un fabricant américain a fait les gros titres: ils pouvaient être piratés de l’extérieur», rappelle Hannes Lubich. Cela n’est pas à exclure à l’avenir pour des appareils et des interfaces complexes. Des problèmes issus de l’univers IT peuvent toutefois entraîner, suivant le cas, des dommages irréversibles dans le monde physique, autrement dit à la personne concernée.

• Des données internes très intimes du porteur de puce pourraient être révélées et, suivant le cas, couplées à des caractéristiques biométriques telles que l'ADN, de sorte que l’identification formelle de la personne devient possible. Par ailleurs, selon Hannes Lubich, des données médicales en partie inconnues deviendraient accessibles, si bien que des tiers non autorisés auraient accès à l’état de santé du porteur. Vu les lois sur la protection des données, il serait problématique qu’une telle puce devienne par exemple un critère opaque pour être embauché par un employeur ou admis dans une caisse de pension.

Matthias Niklowitz
LE TEMPS

 



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