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QuSAT, un satellite pour la distribution de clés quantiques
 
Le 18-12-2017

Les sociétés genevoises ALTYN et ID Quantique allient leurs forces pour développer une nouvelle technologie.

Allier les technologies spatiales et quantiques dans le but d’offrir le meilleur service possible en matière de protection des données: c’est la mission poursuivie par QuSAT.

Lancé en mai 2017, le projet est développé conjointement par les sociétés genevoises ALTYN (entreprise de conseils pour la conception et le développement de projets satellites et d’applications spatiales commerciales) et ID Quantique (chef de file mondial du cryptage quantique).

À terme, le but est de lancer un satellite permettant une distribution mondiale de clés quantiques depuis l’espace.

Les prémices de QuSAT remontent à 2014, lorsque José Achache et Grégoire Ribordy – respectivement CEO de ALTYN et d’ID Quantique – commencent à réfléchir à la possibilité d’allier leurs pôles d’expertises afin de développer une nouvelle technologie. «Aujourd’hui, le spatial et le quantique sont deux sujets qui suscitent la fascination», racontent-ils. «Et la cybersécurité intéresse un grand nombre d’acteurs, en particulier les investisseurs.» QuSAT réunit ces trois aspects et les deux CEO sont donc confiants quant au potentiel technologique et commercial de leur projet.

Sélectionné par le Swiss Space Office (le programme spatial national de la Suisse) suite à un appel à projets, QuSAT a reçu un financement d’un million de francs de la part de la Confédération, visant à soutenir l’étude de faisabilité (A) du projet pendant une année. La mission a officiellement débuté en mai dernier et une levée de fonds va bientôt être lancée, dans le but de couvrir les dépenses de la phase B qui commencera au printemps prochain. «Nous avons besoin de cinq millions pour financer la deuxième phase de développement, avant de pouvoir lancer la fabrication du satellite», explique José Achache, également directeur d’AP-Swiss. Si tout se passe comme prévu, le lancement du satellite se fera en 2021.

Une des spécialités d’ID Quantique, dans les applications qu’elle propose, est d’utiliser les propriétés quantiques des photons pour distribuer des clés de cryptage (quantum key distribution) afin de garantir que personne ne puisse intercepter la clé entre l’émetteur et le récepteur de l’information ainsi transmise. Cette technologie, qui s’utilise sur des fibres optiques, présente néanmoins certaines limites. Au-delà d’un rayon de 100 kilomètres, des relais sont nécessaires pour transmettre l’information plus loin. «Les fibres optiques atténuent les photons, d’où la nécessité d’utiliser de tels relais. Or, ils représentent une vulnérabilité, car des systèmes d’écoutes et d’interceptions sont souvent installés sur ces derniers», détaille Grégoire Ribordy. Dans le cas de l’affaire Snowden, par exemple, c’est par ces relais que la NSA rentrait systématiquement dans les systèmes de communication. «C’est là que l’utilisation d’un satellite prend tout son sens», renchérit José Achache. «Il s’agit également d’un relais, mais un relais qui se déplace et qui est difficilement attaquable, puisque protégé par son environnement, l’espace.»

Forte concurrence chinoise

«Il y a trois ans, quand nous avons commencé à travailler sur ce projet, nous étions les seuls», souligne José Achache. «Entre temps, la concurrence a fait son apparition.» En août 2016, un satellite scientifique chinois a, en effet, été lancé. «C’est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle pour nous. Cela permet surtout de valider la technologie et de démontrer que c’est quelque chose qui est possible, ce qui est rassurant pour de futurs investisseurs comme nous visons une application commerciale», note Grégoire Ribordy. Deux projets européens, un au Luxembourg et l’autre en Angleterre, ont également fait leur apparition depuis.

«De manière générale, la cryptographie traditionnelle est vulnérable à l’augmentation de la puissance de calcul des ordinateurs», nous apprend Grégoire Ribordy. «Ce qui est sûr aujourd’hui ne le sera plus dans cinq ans, parce que les machines deviennent de plus en plus puissantes.» À cela s’ajoutent les menaces liées à l’apparition potentielle des ordinateurs quantiques (qui, selon les estimations, pourraient voir le jour dans la décennie à venir et dont la puissance de calcul sera beaucoup plus élevée que celle des ordinateurs traditionnels). «Dans le cas d’ordinateurs quantiques, il ne s’agit plus de vulnérabilité à moyen terme, mais de vulnérabilité immédiate», insiste-t-il. «Il faut anticiper ces problématiques pour avoir le temps de mettre à jour les infrastructures, sinon on court le risque que les systèmes de communication s’arrêtent du jour au lendemain.»

Pour José Achache, ordinateurs quantiques ou traditionnels, ce qui est en jeu avant tout est la durée de vie du secret. Parmi les clients potentiels de QuSAT se trouvent aussi bien des gouvernements que des entreprises privées - actives dans le secteur pharmaceutique notamment – pour qui la confidentialité des données doit être préservée sur plusieurs décennies. Les initiateurs de QuSAT estiment que le marché du quantique vaudra deux milliards en 2021, dont 10% pour le spatial. «Nous ambitionnons d’occuper un tiers de ce marché, vu le nombre limité de projets qui se développent», concluent-ils.

ID Quantique, qui a ouvert une joint-venture en Chine, a une croissance de près de 30% par année depuis trois ans

La société genevoise ID Quantique se positionne comme le chef de file mondial du cryptage quantique visant à protéger les données sur le long terme (lire L’Agefi du mercredi 27 septembre). Ell a été fondée en 2001, dans le cadre d’une spin-off de l’Université de Genève. L’ entreprise emploie actuellement une soixantaine de personnes à Carouge.

Des résultats satisfaisants pour l’année écoulée

«2017 a été une année positive pour le développement de la société. Nous avons créé une joint-venture avec China Quantum Technologies, une société chinoise, dans le but d’adapter nos produits à ce marché-là», annonce Grégoire Ribordy, CEO. La Chine représente un acteur clé dans le domaine des technologies quantiques. Le pays veut devenir le leader mondial dans ce domaine et beaucoup de décisions stratégiques gouvernementales sont prises dans ce sens. «Avant, nous travaillions avec des distributeurs, mais il y a un élément de confiance dans la cybersécurité et il est préférable d’avoir une présence locale.»

Le quantique devient «mainstream»

En dehors de la Chine, le marché devient, de manière générale, de plus en plus mûr. «Nous sommes actifs dans le domaine de la sécurité et tout est encore à faire», relève Grégoire Ribordy. «Le secteur des technologies quantiques reçoit actuellement beaucoup de soutien, en Europe également, avec de grands projets de recherche qui sont lancés. Cela permet d’augmenter la visibilité et de démystifier le quantique qui devient alors «mainstream»», ajoute-t-il. «Ce qui nous a permis d’élargir la base de nos clients, au-delà des early adopters.»

Collaboration sur le projet ARIANE 6

La société s’est fixée un objectif de croissance de 20 à 30% par an, depuis trois ans. «Nous rentrons dans notre objectif cette année», se réjouit Grégoire Ribordy. ID Quantique compte désormais plus d’une centaine de clients pour la partie sécurité, qui représente 50% de ses activités – l’autre moitié étant le développement de capteurs quantiques.

Et dans le domaine des capteurs quantiques justement, l’entreprise suisse vient de gagner un projet dans le spatial afin de développer un système de mesure pour le projet ARIANE 6 (nouveau lanceur européen dont le vol inaugural est prévu pour le mois de juillet 2020), sur lequel elle va commencer à travailler dès à présent. – (LU)

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Leila Ueberschlag
AGEFI

 



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