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Pryv développe une solution pour sécuriser les données médicales
 
Le 22-11-2017

Le produit de la start-up lausannoise, dont les ventes décollent, permet de privatiser la banque de données du patient

Le patient qui passe entre les mains des hôpitaux et des divers acteurs de la santé est souvent le porte-parole de sa propre maladie alors qu’il ne comprend pas forcément le langage médical. Cette lacune ne tient pas seulement à l’absence, pour l’heure, d’un véritable dossier médicalisé, mais également au fait que les projets actuels s’adressent d’abord aux professionnels soignants. La jeune société Pryv a donc développé une solution numérique qui place le patient au centre de sa propre banque de données en lui permettant de fournir les clés des différents coffres selon sa volonté. Elle est actuellement en train de commercialiser son logiciel, qui fournit des outils aux différentes institutions et entreprises qui collectent ce type de données, que ce soient des hôpitaux, des assurances, des pharmacies ou des fournisseurs de capteurs et objets connectés.

Comme le compte bancaire

«Nous avons construit toutes les fondations nécessaires pour gérer les données privées, résume Pierre-Mikael Legris, cofondateur et directeur général de Pryv. Nous avons créé un logiciel de gestion que l’on peut comparer à un logiciel bancaire servant à gérer et à sécuriser les données financières de son compte». Le particulier doit ainsi pouvoir autoriser les accès à ceux qui collectent les informations, les utiliser, les copier, connaître les partenaires avec qui celles-ci sont partagées, et même avoir la possibilité de les détruire. Seul un gestionnaire accrédité pourra ainsi s’occuper des données confidentielles du compte, excluant même les programmeurs, relève-t-on chez Pryv.

Cette banque de données personnelles représente en effet une réelle valeur qui n’est pas exploitée par l’individu, selon le directeur général. Pour l’heure, la société s’intéresse uniquement au domaine médical. Ses clients – une trentaine actuellement – sont principalement des établissements hospitaliers ou des entreprises fournissant des appareils connectés ou des capteurs, par exemple des équipements de surveillance de l’activité des personnes âgées afin de leur porter secours en cas de nécessité. Mais le champ d’activité touchant à la santé est de plus en plus étendu avec la rapide progression des instruments de monitoring physiologique, des bracelets et des montres connectés qui mesurent l’activité physique ou les phases de sommeil, appelés trackers. Et cela concerne aussi de simples instruments présents à domicile comme un pèse-personne. À l’avenir, le médecin pourra par exemple suivre l’évolution du poids de son patient grâce à sa balance connectée.

Or, relève le CEO de Pryv, tout comme le directeur des ventes, Hubert Ridolphi, docteur en pharmacie qui connaît bien l’industrie pharma et medtech, la nouvelle réglementation en matière de récolte des données s’annonce – dès le printemps prochain – très sévère avec ceux qui bafoueraient les principes de protection de la vie privée. C’est pourquoi, selon eux, les collecteurs et les fournisseurs d’informations ont tout intérêt à s’y adapter rapidement en donnant aux personnes concernées les clés de leur banque de données.

Multicanaux

Mais qu’est-ce qui singularise le produit de cette start-up née en octobre 2012 au Parc de l’innovation à l’EPFL, où elle réside encore? «C’est la façon dont nos données sont structurées afin de permettre à l’utilisateur de comprendre le système et le contenu de son coffre, indique Pierre-Mikael Legris. Il peut ainsi partager ces informations de manière physique et sécurisée en connaissance de cause alors qu’aujourd’hui, il n’est jamais sûr qu’elles ne sont pas transmises de façon involontaire.» La solution logicielle de Pryv s’applique aussi pour la création de canaux comme les messageries, SMS, tweets, WhatsApp, etc. utilisables dans les environnements médicaux.

Pierre-Mikael Legris s’est lancé dans ce business suite à une expérience personnelle dans le monde médical. Ingénieur EPFL de formation, souffrant d’une leucémie, il a vécu six mois d’isolement après une greffe de la moelle osseuse. Habitant Morges, il était soigné à Genève où il devait se rendre parfois uniquement pour une prise de température le matin et une prise de sang l’après-midi. «Je me suis rendu compte que je faisais le messager entre chaque docteur que je voyais, dit-il. Alors que ces données pouvaient être échangées plus simplement sans me déplacer aussi loin.»

Technologie destinée au grand public

Avec ses nouveaux associés, il a donc l’idée de développer une plate-forme en ligne afin de créer ce fameux dossier médicalisé numérique mais avec une technologie destinée au grand public. Un projet qui leur a paru assez vite démesuré pour une start-up, car il aurait nécessité d’investir au moins 30 millions, selon eux. Il y a trois ans, dans une phase critique, la société décide donc de réorienter son modèle d’affaires en développant non pas une plate-forme entière, mais les outils permettant de gérer et contrôler les données.

Désormais, les entrepreneurs installés au Parc de l’innovation de l’EPFL sont convaincus de leur solution, affirmant qu’ils ont aujourd’hui plus de 140 opportunités de vente dans toute l’Europe. La société est ainsi en pleine croissance. Elle prévoit de réaliser un chiffre d’affaires d’environ un demi-million de francs cette année et plus que doubler ce montant en 2018, avec un objectif de 20 millions à terme. Elle vient de lever un million de francs et compte encore trouver 3 millions pour son développement commercial. L’entreprise est à la recherche de nouveaux collaborateurs, en particulier dans la vente. Six personnes y sont actuellement actives, un chiffre qui devrait doubler dans les six prochains mois, selon le CEO.

Pierre-Mikael Legris est très optimiste quant à l’avenir du système Pryv car «il ouvre une porte afin de ramener la confiance de l’utilisateur dans l’échange des données médicales, comme c’est le cas avec sa banque. Celui-ci redonne en effet le pouvoir à l’individu, tout en lui offrant plus de garanties de sécurité.»

Par Jean-Marc Corset
24heures.ch

 



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