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Yverdon, capitale suisse de la cybersécurité
 
Le 10-11-2017

La ville du Nord vaudois a vu naître trois entreprises actives dans la sécurité informatique, dont Strong.codes, rachetée par Snap, éditeur de l’application Snapchat. Cet essor est en grande partie dû à Sylvain Pasini, qui organise deux jours de conférence dédiée à ce secteur la semaine prochaine

Yverdon, capitale romande, voire suisse de la cybersécurité? Il y a quelques années, cette phrase aurait attiré des moqueries. Aujourd’hui, elle ne fait plus rire personne. Sans faire de bruit, la ville du Nord vaudois a vu naître trois entreprises phares dans le domaine de la sécurité informatique: NetGuardians, Sysmosoft et Strong.codes. Et la semaine prochaine, Yverdon accueillera pour la septième année consécutive la conférence Black Alps, consacrée, durant deux jours, à la cybersécurité. Un incontournable pour les personnes du domaine avec notamment l’intervention de Mauro Vignati, responsable de la Cyber Unit de la Confédération. Certaines sociétés en profiteront également pour recruter des ingénieurs.

L’un des hommes à l’origine de ce phénomène se nomme Sylvain Pasini. L’ingénieur, diplômé et docteur ès sciences en cryptographie de l’EPFL, avait déjà fait parler de lui en 2008. Cette année-là, l'hebdomadaire New Scientist, le site spécialisé CNET.com et Le Temps, notamment, avaient relayé la découverte effectuée par Sylvain Pasini et Martin Vuagnoux. Les deux doctorants du Laboratoire de sécurité et de cryptographie de l’EPFL avaient montré comment espionner un clavier à 20 mètres de distance, en écoutant à distance l’appareil via les ondes électromagnétiques qu’il émet.

Former des spécialistes

En 2010, la Haute Ecole d’ingénierie et de gestion du Canton de Vaud (HEIG-VD) décide de lancer, à partir de rien, un plan d’étude complet en sécurité informatique. «Avec Pascal Junod, lui aussi diplômé de l’EPFL, nous nous sommes rendu compte qu’il manquait une formation pratique dans ce domaine, pour former des spécialistes de terrain, explique Sylvain Pasini. L’EPFL est extrêmement forte dans le domaine de la recherche fondamentale, mais il manquait une formation pour des ingénieurs en sécurité qui soient immédiatement opérationnels sur le marché du travail.»

En l’espace de quelques mois, les deux hommes créent des modules de cours, invitent des professeurs et les premiers étudiants commencent leur formation en 2010. Ils sont d’abord cinq à étudier, puis dix et sont actuellement cinquante à suivre le cursus et à se spécialiser en sécurité informatique. «La première volée a été diplômée en 2013 et, très vite, des entreprises de la région ont recruté ces spécialistes, poursuit Sylvain Pasini. Kudelski, où Pascal Junod et moi-même avons auparavant travaillé, a d’ailleurs recruté plusieurs diplômés. La demande en ingénieurs sécurité est actuellement extrêmement forte.»

Snap présent en force

Sylvain Pasini ne se contente pas d’enseigner, il implique également son équipe d’une douzaine d’experts dans de nombreux projets de recherche appliquée en collaboration avec des partenaires des secteurs privés et publics. De plus, il a créé une conférence internationale consacrée à la cybersécurité. Elle se tiendra les 15 et 16 novembre prochains sur le technopôle Y-Parc à Yverdon-les-Bains. Appelée Black Alps, la manifestation – qui a changé plusieurs fois de nom depuis 2010 – intéressera surtout un public professionnel. Et cette année, l’un des sponsors principaux n’est autre que l'américain Snap, éditeur de l’application de messages éphémères Snapchat, utilisée par 178 millions de personnes – surtout des adolescents. De plus, cette édition 2017 offre un événement spécial et gratuit nommé Y-Security, abordant les enjeux de la sécurité dans la démocratie.

Snap a déjà un lien fort avec Yverdon, puisque la société – qui a réalisé un chiffre d’affaires de 208 millions de dollars au troisième trimestre, pour une perte de 443 millions – aurait acquis fin 2016 la start-up vaudoise Strong.codes cofondée par Pascal Junod, comme en faisait alors l’hypothèse Bloomberg en février de cette année. Cependant, l’information n’a jamais été confirmée officiellement ni par Strong.codes, ni par Snap.

La start-up, qui comptait cinq employés au moment de son rachat, est spécialisée dans l’obfuscation de code informatique. Il s’agit d’empêcher qu’un tiers ne puisse comprendre, via une technique dite de «reverse engineering», puis modifier une application afin d’en changer les fonctionnalités. A Yverdon, Snap emploie désormais une dizaine d’ingénieurs et continuera de croître en 2018. «Cette implantation à Y-Parc est une excellente nouvelle pour la région, affirme Sylvain Pasini, il était exclu pour la multinationale de rapatrier tous les ingénieurs aux Etats-Unis. Au contraire, Snap se développe à Yverdon.»

Détection de fraudes

Strong.codes n’est pas la seule société issue d’Yverdon. NetGuardians, forte aujourd’hui d’une cinquantaine d’employés, a été, en 2007, la première entreprise issue de l'incubateur du parc technologique Y-Parc. L’entreprise, spin-off de la HEIG-VD, a levé 8,5 millions de francs en début d’année, pour un total de 14,5 millions depuis sa création.

Elle est spécialisée dans la détection de comportements et de transactions frauduleux, notamment pour déceler des cas de fraude bancaire. NetGuardians, cofondée par Joël Winteregg et Raffael Maio, a des bureaux au Kenya, en Pologne et à Singapour. L’entreprise compte une cinquantaine de banques parmi ses clients.

Enfin, Sysmosoft (huit employés) a elle aussi été fondée par deux ingénieurs de la HEIG-VD en 2010. L’entreprise a créé un système permettant de sécuriser les informations professionnelles sur un smartphone, produit qui intéresse tout particulièrement les banques.

Anouch Seydtaghia
LE TEMPS

 



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