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Au-delà de l’intelligence artificielle: que nous reste-t-il?
 
Le 07-05-2018


Les robots deviennent de plus en plus perfectionnés. Mais s’ils maîtrisent toujours mieux ce qui est conceptuel, l’homme garde sa suprématie pour la mobilité, la dextérité physique et l’imagination

Les exploits de l’intelligence artificielle sont impressionnants. En 1997, un ordinateur, Deep Blue d’IBM, devient champion du monde d’échecs. En 2016, c’est AlphaGo de Google qui domine le monde du jeu de Go. L’année dernière, Libratus bat les meilleurs joueurs de poker. Puis AlphaZero de Deep Mind atteint aussi le sommet du Go mais, cette fois-ci, en n’ayant reçu que les règles de base.

Cependant, quand on nous annonce récemment, et avec fanfare, que deux robots sont arrivés à assembler une chaise IKEA en vingt minutes, nous sommes moins impressionnés. Pour la plupart d’entre nous c’est du domaine du faisable, même si certains y passent aussi l’après-midi… Pourquoi en est-il ainsi?

Le paradoxe Moravec

Selon Hans Moravec, de l’institut de robotique de Carnegie Mellon, et l’auteur d’un paradoxe qui porte son nom: «Il est comparativement facile pour des ordinateurs d’avoir le même niveau d’intelligence que des humains. Cependant, il est difficile, voire même impossible, de leur donner la compétence d’un enfant d’un an pour la perception de leur environnement ou la mobilité.» En d’autres termes, l’intelligence artificielle maîtrise bien ce qui est conceptuel et l’homme garde sa suprématie pour la mobilité et la dextérité physique.

Exemple: pour livrer un paquet au deuxième étage d’un immeuble, un robot devra contourner un chien agressif et lui donner un biscuit (ce que sait faire chaque facteur), passer le premier étage devant la concierge qui nettoie les escaliers et lui dira de pas mettre les pieds dans l’eau, atteindre le deuxième étage, trouver la sonnette, se rendre compte que le propriétaire n’est pas là, lui laisser un message et redescendre. Tout cela est un parcours du combattant inaccessible aujourd’hui pour le robot le plus intelligent. Mais un livreur débutant le fait presque sans réfléchir.

D’après Darwin, notre dextérité physique serait le résultat de dizaines de milliers d’années de sélection naturelle et d’adaptation liées à notre survie. Nous savions intuitivement qu’il ne fallait pas passer sous un arbre penché car il risquait de nous tomber sur la tête. Pour cela, inutile de connaître les lois de la gravité, l’expérience suffit. Il en est resté peut-être quelque chose aujourd’hui: la hantise, pour certains, de marcher sous une échelle.

En revanche, de nombreux exercices intellectuels, comme jouer aux échecs, ne sont vieux que de quelques milliers d’années. Ils peuvent être assimilés plus facilement par l’intelligence artificielle.

Intuition et imagination

La dextérité physique est donc intimement liée à une autre qualité que nous maîtrisons mieux que les robots: l’intuition. La plupart des entrepreneurs qui lancent de nouveaux produits ne le font pas à la suite d’une longue analyse intellectuelle ou d’un sondage d’opinion. Ils ont plutôt l’intuition que c’est ce qu’il faut faire. D’ailleurs, les chefs d’entreprise sont souvent incapables d’expliquer eux-mêmes et rationnellement les raisons de leur succès.

Aucun ordinateur n’a suggéré à Steve jobs qu’il devait produire l’iPad ou l’iPhone. Il l’a dit lui-même: «Les gens ne savent pas ce qu’ils veulent jusqu’à ce que l’on leur montre.» Il a eu pourtant la conviction que c’était ce que le marché voulait et surtout que c’était le bon moment. Un robot doté d’intelligence artificielle l’aurait-il fait?

Car, ultimement, l’intuition se fonde sur l’imagination et la capacité de se représenter ce que l’on fait, aujourd’hui et demain. Or si les robots dotés d’intelligence artificielle ont la compétence, ils n’ont pas la conscience. Celui qui est champion du monde de Go ne le sait pas. Sait-il d’ailleurs ce qu’est le Go?

Tôt ou tard, l’intelligence artificielle et la technique des senseurs produiront des robots capables d’évoluer dans un environnement complexe et changeant. Cela prendra du temps mais c’est du domaine du possible. En revanche, l’imagination est probablement l’ultime frontière entre l’intelligence artificielle et la nôtre. Aurons-nous un jour aussi de «l’imagination artificielle»?

Pas tout de suite. D’ici là, notre bonne vieille intelligence a encore de beaux jours. Tout est résumé dans la phrase d’Albert Einstein: «La logique vous conduira de A à B; l’imagination vous conduira partout.» Aux robots la première partie de la phrase; à nous le reste…

Stéphane Garelli, professeur émérite, Université de Lausanne et IMD
LE TEMPS

 



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